mercredi 14 octobre 2009

Cherche metteur en scène: Le texte

Temps go


Une chambre, dans la pénombre. Un mobilier plutôt ancien.

De vieux tissus, de vieilles photos. Beaucoup de souvenirs.

Dans un coin, côté jardin, trois vieux cadres vides.

Tous les personnages qui ne sont pas encore en scène sont mêlés au public.

Durant le spectacle la vieille peut être installée sur une petite scène

indépendante si le lieu le permet, dans un décor de chambre ou de boudoir,

parmi ses souvenirs.

On entend un tango, faiblement, d’abord, puis plus fort:

“Mi Buenos Aires quérido”. La lumière monte à peine.

Une femme est allongée sur le lit.

Elle joue à faire danser doucement ses bras, au-dessus d’elle.

La femme.
- Je les ai toujours eus- Longues et douces formes-
Fluide mouvement- Sensualité- Peau blanche-
Le temps ne les touche pas-
Mes bras sont vierges et purs.
Elle rit.
Elle s’assoit brusquement, comme un diable sortant d’une boite,

comme ressuscitant d’un cauchemar.

C’est une vieille femme, d’environ soixante dix ans.
La lumière descend doucement jusqu’au noir complet.
La musique se fait plus présente, le son monte relativement fort.
Dans le noir, elle sort de scène, et s’assoit au premier rang, au centre,
son siège lui étant réservé, à moins qu’une scène lui soit attribuée
comme il est indiqué plus haut.
Une femme plus jeune, dix-huit ans, la remplace sur le lit,
dans une chemise de nuit.
La lumière monte. La musique monte jusqu’au réveil.
C’est encore, au piano « Mi buenos aires querido »

La jeune femme.
- Je les aurai toujours- Longues et douces formes-
Fluide mouvement- Sensualité- Peau blanche-
Le temps ne les touchera pas-
Mes bras sont vierges et purs-
Elle rit.
Elle s’assoit et se repeigne en riant encore, comme sortant d’un rêve.
- Je vais être en retard...
Comme dans un état second.
- Retard, retard, courir, attraper, accrocher.
Elle se reprend, se lève, va au miroir. Elle est très agitée.
Le miroir l’éclaire. Comme illuminée par sa propre image,
puis joueuse.
- Mon dieu, quelle tête.
Il faut faire quelque chose, vite.
Elle se lève, ralentit. Comme à nouveau reprise par cet état second.
- Vite, vite, se presser, s’activer, toujours plus...
Elle se reprend, rit. Elle est très gaie, vive.
- Qu’est-ce que je vais mettre? Dehors, il fait beau.
Et moi, je suis là, à perdre mon temps.
Ralenti, étrangement à nouveau .
- Perdre, gagner, se perdre, se chercher, se trouver...
L’espoir est là.
Comme revenant à elle.
On entend « Inverno porteno » au piano pendant qu’elle s’habille
dans la pénombre, en chantonnant sur la musique.
Puis elle revient en avant-scène dans une très belle robe de soirée.
Ils seront tous là, à me regarder bien sûr, à critiquer, à m’envier.
Elle rit.
- J’aime ça, et ça m’énerve. Eux, tous, avec leurs rires, leurs regards,
leurs faux compliments. Leurs yeux trahiront leur pensée et leurs mots
diront tout autre chose. Et moi, je sourirai, et je les percerai.
J’ai envie de les gifler.
Ils ne me voient pas vraiment. Pas comme je veux qu’ils me voient.
Pas comme je suis au fond de moi. Ils ne sauront jamais.
Mais je veux qu’ils me voient, qu’ils me devinent un peu, beaucoup.
Assise à la coiffeuse
Et s’ils ne me regardaient plus? Ce serait horrible.
Elle se regarde, se maquille encore.
Aucune de ses répliques ne sera donnée avec sérieux.
- Lui, il n’a pas le droit- pas le droit de ne pas me regarder.
Je sais qu’il me regarde. Lorsque je croise son regard,
il ne se détourne même pas. Quel goujat!
C’est bien , comme ça. C’est bien comme ça, bien comme ça! Bien!
Elle se lève, gaie,
Est-ce que ça veut dire qu’il m’aime?
Est-ce que ça veut dire que je l’aime?
Est-ce que ça ne veut rien dire?
Elle s’assoit sur le lit
C’est affreux, de ne pas savoir.
Elle chante quelques mesures de la Cumparsita .
La vieille femme, de la salle, aigre.
- Dépêche-toi. Il ne t’attendra pas longtemps.
Pas plus que les autres, d’ailleurs.
Est-ce que tu crois que le temps t’appartient?
Ne sais tu pas que c’est toi qui lui appartient?
Tu crées ta vie à chaque instant.
Sois magicienne, ou tout est perdu.
La jeune femme, sans la voir ni l’entendre –
Dans le miroir, puis très joueuse.
- Je suis magicienne.
Son monde est beau. son monde- Le monde.
Est-il gai?
Son monde est gai. (elle répète sans voix)
Est-il grand?
Son monde est grand. Grand, son monde.
Si loin l’horizon.
Sait-il danser?
Elle danse sur l’accordéon qui joue « Vérano Porteno »
Puis elle reprend sa rêverie.
Sa vie est musique.
Sait-il chanter?
Sa vie est chant? La vie est un chant.
Sait-il créer?
Sa vie est pleine. Ma vie est pleine. Sa vie... Ma vie- La vie...
La vieille, froidement.
- Ne compte pas sur les autres pour ça. Tout dépend de toi.
Dans le public, au milieu de la salle, une femme d’environ cinquante ans.
- Laisse-la. Tu vois bien qu’elle ne peut pas encore savoir.
La vieille, dure.
- Elle sait déjà.
L’autre.
- Elle ne sait pas. Laisse la donc. Elle apprendra.
La vieille.
- Il sera trop tard. Tout est écrit.
L’autre.
- Oui. Il sera trop tard. Alors, elle saura
C’est suffisant. C’est qu’elle ne doit pas savoir maintenant.
Laisse la vivre d’abord. Laisse la apprendre.
La vieille.
- Par la douleur?
L’autre.
- Par la douleur.
.....Silence. On entend un tango- “Adios Nonino” dans le 2° mouvement.
La vieille.
- Regarde ce que je suis devenue.
L’autre.
- Je ne peux pas te voir.
Laisse la continuer. Il ne lui reste que très peu de temps.
La vieille.
- Tisse la toile, le piège se referme.
Tu es prise au piège des lumières qui t’inondent et t’aveuglent.
Soit, continue, dinde. Tu l’auras voulu.
Après tout, tu ne fais que dire ton texte. J’encaisse. Allez!
Pendant tout ce dialogue, la jeune fille regardait des photos et s’amusait.
La jeune fille.
- J’y vais.
La jeune fille sort.
Toutes chantent “Jalousie”, dans la pénombre, dans la salle.
“Elle”, va profiter de l’ombre pour monter sur scène tout en chantant, dans le noir.
Lorsque la lumière remonte, la jeune fille est assise dans un coin
de la pièce, lointaine, un cadre autour du cou.
Une femme de trente ans est allongée sur le lit et regarde ses bras.
On entend un tango, très doucement- “Mi Buenos aires querido”.
Elle
- Je les ai toujours eus- Longues et douces formes-
Fluide mouvement- Sensualité- Peau blanche-
Le temps ne les touche pas-
Mes bras sont vierges et purs.
Elle rit. Elle s’assoit doucement.
Elle ressemble à la jeune fille, en plus âgée.
En salle, l’autre bouge étrangement.
Elle effectue une sorte de danse angoissée.
Elle
- Est-ce qu’il est l’heure déjà? Je dois sortir.
Dehors, il fait peut-être beau.
Beau?.. Je dis beau comme “lumière”. . .
Comme sourire, ou peut-être rires.
Je dis beau comme gaité, ou même bonheur.
Ciel bleu, jours heureux.
De ces jours qui embellissent la vie,
ou l’âme peut-être.
Et la sérénité, si fragile, qui craint de perdre l’équilibre.
Je dis beau comme peut-être:
“Dehors, il fait peut-être beau.”
C’est ça! C’est facile et cruel à la fois.
Aller chercher ailleurs, aller pêcher au loin,
cette substance étrange, un peu de mystère aussi,
cet équilibre, oui, cette lumière, ces morceaux épars
de “beau”. Peut-on oser l’avouer;
Ces morceaux de bonheur, si bien cachés,
si difficiles à deviner, à dénicher, à récolter.
Cette récolte éphémère, comme de la brume, le matin,
peut-être évanouie dès que l’esprit s’en mêle,
dès que le doute s’accroche, si tenace, amère,
et la douleur de l’échec.
Comment ne pas y penser?
Une musique monte doucement
Le piano joue « Verano porteno » dans le mouvement doux.

Eviter que l’idée même ne ronge, ne ruine
le fragile équilibre, le rayon de soleil,
le peu de beau, le presque rien de peut-être bonheur.
Voilà, il faut savoir, prévoir, puis faire face,
lutter pour ne pas tomber. Tenir!
Préserver, surtout, garder en soi, tout au fond,
protéger violemment, ne pas lâcher, jamais.
Et si la force a manqué à l’appel,
si la cruche se casse,
si les morceaux de lumière sont épars
et que le puzzle s’est défait.
Se relever, ouvrir les yeux, très grands,
ouvrir les bras aussi , et peut-être son cœur, parfois,
puis marcher à nouveau, suivre le chemin,
tendre vers la lumière, vers l’appel,
même incertain, même vidé, quitter la colère,
ne pas voir l’absurde, refuser la fatigue,
et marcher, avancer, tenir, boire goutte à goutte
le vin de la récolte, retrouver la chaleur,
le beau, le bonheur à nouveau,
suivre la route des rêves réalisés.
Jusqu’à ce que le puzzle, comme par enchantement,
refasse le dessin toujours plus neuf d’un nouveau paysage,
d’un visage, d’un demain déjà là, bien réel,
d’un maintenant de cette nouvelle récolte,
que je bois d’un trait, et qui fait chaud,
à nouveau, à nouveau, et encore...
Allons! C’est le moment. La brume s’est peut-être levée.
Dehors, il fait peut-être beau.
Réveille-toi donc! Lève-toi!
L’heure tourne, et le temps passe.
Que reste-t-il de mon courage?
La musique se tait
Espoir. Réussite. Espoir, Oui, espoir.
Elle se dirige vers la coiffeuse.
Elle se regarde dans le miroir.
- c’est moi, ça?
Gardons le moral.
Elle marche, étrangement.
Ce n’est qu’une image, un mirage, un nuage déjà oublié.
Tu crées ta vie à chaque instant.
Elle est et sera ce que tu en fais.
Tu es et seras ce que tu fais de toi.
C’est ça. Il faut y croire. C’est simple.
La vieille, en colère.
- Foutaises. Tu peux tout changer.
Secoue-toi un peu.
L’autre. se lève.
- La vie se déroule sur un fil qui tisse les mailles de notre existence,
de notre devenir.
As-tu su utiliser tous tes pouvoirs?
L’accordéon est strident
As-tu pratiqué, dans toutes tes aptitudes?
L’accordéon grince
Le doute est là. Soupçon? Ai-je été à la hauteur de ma vie?
Ou déception? Qu’ai-je fait de l’espoir ?
La vieille.
- Elle est responsable de ce qu’elle est.
Elle peut encore s’échapper. Il lui reste quelques forces. Elle les gâche.
L’autre.
- Tu rêves, vieille femme. Tout est écrit.
Elle ne fait qu’avancer sur un chemin tracé. Elle ne peut rien.
Ecoute-la!
Sur scène, la femme chante un tango très doux- “Que nadie sepa mi sufrir”
Ou « Amor de mis amores » qu’elle danse langoureusement en même temps.
La jeune fille, qu’elle ne voit pas, la rejoint et danse avec elle, comme en miroir.
Après la danse, la jeune fille retourne dans son coin, et reprend son cadre.
On entend “la Moza Donoza”dans le mouvement doux.
Elle, en scène, d’un geste lent efface une image devant elle.
Elle.
- Ce qui t’est donné, s’efface.
Tu deviens déjà ce que tu seras.
Noir.
La musique continue un peu.
Pendant ce temps, Elle va s’installer à côté de la jeune fille, côté jardin
en fond de scène, s’assoit et passe un cadre autour du cou comme
sa partenaire.
La lumière se rallume sur elles, portraits encadrés dans un coin du temps.
Elles sont figées dans l’expression qui représente le mieux leur espoir
Ou l’état général dans lequel on les a connues
Dans le noir, la vieille femme s’est levée. Elle grommelle.
Elle bougonne. Elle tourne autour de son fauteuil,
ou fait des allers et retours devant son siège.
Cette nouvelle étape ne la satisfait pas, de toute évidence.

La vieille
- Tu aurais pu lutter. Tu pouvais t’imposer. .. t’imposer.
Tu as perdu la bataille par ta faute. Il eut suffi d’accepter ;
toi, les autres. Et d’abord d’accepter ton image, de sculpter ces
facettes de toi, et de sortir au grand jour.
Soumise et sotte. Des mots! Que des mots!
Où est ta force? Qu’as-tu fait de ton espoir?
Toutes ces récoltes pour rien. Ces rêves en morceaux.
Tu entasses les regrets. Ton salaire n’est qu’amertume.
Tu ne vois pas mon lot, la hargne ; Non: La rancœur. . .
Tu ne t’es pas baissée pour ramasser, pour réchauffer,
pour aimer...........pour aimer...... oui, c’est peut-être ça. . .
aimer... ou alors, pour être aimée.
Je ne sais plus. Attends! Ne pars pas! Je veux rattraper,
revoir, refaire, Attends!
L’autre.
- Tu es folle.
L’accordéon grince.
- Plus rien n’est possible à nouveau.
L’accordéon souffre.
- Tu ne peux pas refaire ce qui a été fait.
La vieille.
- Ah!
Elle s’effondre dans son siège.
Un long silence.
Puis on la voit reprendre ses esprits et ses forces.
Elle se redresse.
Puis, on entend la vieille et l’autre se chamailler
La vieille.
- Allez! C’est à toi. C’est ton tour.
L’autre.
- Non, je ne peux pas.
La vieille.
- Ah! Tu as peur. Tu vois? Tu la défendais.
On va bien voir si tu l’aimes encore autant.
L’autre.
- Pourquoi es-tu si cruelle? Qu’est-ce qu’on t’a fait?
La vieille.
- Tu le demandes? Vas-y! On verra bien.
On entend une musique, qui monte doucement.”Adios Nonino”-
dans les mouvements forts de l’œuvre.
Le piano peut aussi jouer « la Moza donoza », dans la montée du morceau.
En salle, l’autre se lève. Elle se jette contre les murs, comme
une somnambule, parfois s’accroche à un spectateur, effectue
une sorte de danse rituelle.
L’autre.
- Ombre, je veux rester. Ne pas être; C’est moins lourd.
l’ombre de cette vie.
Ne me demandez pas de suivre le fil qui me relie à l’inévitable
épisode de la chute.
Manifestez-vous, discrets génies, faites que le sort change de route.
Pourquoi faut-il toujours obéir au destin?
Ne suis-je pas la preuve encore trop fraîche que les chemins peuvent
être évités?
Hurlez, tous les esprits qui guettent les devenir. Faites que je me
dissolve avant même d’avancer.
On la sent comme happée par la scène.
On peut prévoir un faisceau de lumière blanche qui l’attire
vers le plateau Où doit se dérouler son destin.
J’avance!.. Je vais, je viens. Déjà, je sais qu’il est temps...
Plus rien ne peut changer l’après: Je vais jouer ma scène.
Puis elle demande à un spectateur, ou à plusieurs, de l’accompagner
jusqu’à la scène.
L’autre.
- Emmène-moi jusque là-bas.
Puis elle ira finalement où l’attend son devenir.
Pendant qu’elle monte sur le plateau, toutes les comédiennes chantent
« Jalousie ».
On voit les deux femmes « encadrées » avancer doucement sur l’avant-scène

En faisant lentement bouger leurs cadres autour de leurs visages, comme

Deux esprits qui reviennent discrètement hanter l’intimité d’une chambre
sombre.
Puis le piano reprend doucement « Mi buenos aires querido ».
La lumière monte un peu. L’autre est sur le lit, allongée.
Elle joue avec ses bras, qui dansent au-dessus d’elle. Elle chantonne.
L’autre.
- Je les ai toujours eus- Longues et douces formes-
Fluide mouvement- Sensualité- Peau blanche-
Le temps ne les touche pas- Le - temps - ne les touche -pas-
Mes bras sont vierges et purs.
Elle rit. Les autres femmes rient aussi, très sarcastiques.
Elle s’assoit brusquement; Son visage est marqué par l’angoisse.
La musique monte encore, puis se tait peu à peu.
Elle cherche ses lunettes, se lève, enfile une robe de chambre,
passe devant le miroir, fait mine de s’arrêter, puis refuse de s’y regarder.
Elle va se servir un verre. Pendant ce temps, en salle, la vieille rumine et fait
les cent pas. Elle semble nerveuse et inquiète.
 L’autre.
- Dehors, je suis sûre, il pleut. De toutes façons, je préfère rester.
Je n’ai rien à y faire. Rien à y faire-
Toujours les mêmes têtes, les mêmes regards.
...Je préfère me souvenir. Me souvenir...
N’oublie pas les instants où tu as été. N’oublie pas!
Ils te diront qui tu es.
L’homme a appris à marcher, à parler, à voir. A voir.
A-t-il fait plus que marcher?
A-t-il fait plus que parler?
A-t-il seulement vu?
Sait-il danser?
Sait-il chanter?
Sait-il créer?
Que ta vision soit un regard qui imagine.
Alors seulement tu deviens magicienne.
Que ton regard transforme le monde.
Alors, le monde te ressemble.
Elle rit. Elle se sert à boire. Elle chante un couplet de la Cumparsita,
Lentement, en récitatif, comme pour se souvenir, ou plutôt
pour ne pas oublier.
L’autre.
- Je dois savoir qui je suis. Qui je suis. Ce que je suis.
Est-ce que je suis ce que j’ai été? Un peu plus? Un peu moins?
Est-ce que je suis ce que je serai? Quel miroir peut m’éclairer?
Est-ce que c’est autre chose, encore?
Est-ce que c’est important? Oui! Non!
Puis elle retourne s’allonger, cette fois au pied du lit.
 Elle fait danser ses bras.
Il ne faut pas se refermer. Il ne faut pas.
La vie est ouverture.
Le souffle est ouverture.
La vue est ouverture.
La lumière est ouverture.
La toile de fond... est ouverture.
Noir.
 La vieille remonte sur la scène principale et reprend sa place sur le lit.
La vieille
-Tisse la toile, le piège se referme.
Même musique qu’au début: “Mi Buenos Aires querido”.
Les trois autres sont dans un coin de la pièce.
Les cadres s’éclairent. On y retrouve les trois époques du passé.
Les cadres parlent.
Elle
-C’est ça, c’est facile et cruel à la fois.
L’autre
-La vie se déroule sur un fil qui tisse les mailles de notre existence,
de notre devenir.
Elle
-Est-ce qu’il est l’heure déjà ?
La jeune fille
-Ils ne me voient pas vraiment. Pas comme je veux qu’ils me voient.
Pas comme je suis au fond de moi.
Ils ne sauront jamais.
La lumière est la même qu’au tout début.
La vieille se lève brusquement, comme la première fois, dans un cri
Angoissée, comme se réveillant d’un cauchemar.
Elle parle sans voix, comme obsédée par ses images.
Les autres vont effectuer une sorte de danse avec leurs cadres,
En tournant autour du lit, lentement.
La vieille, assise sur son lit semble les voir passer, comme revenant d’un
Ailleurs . La lumière est un contre-jour dans les tons bleu et rouge qui donne
Une atmosphère étrange.
puis elles chanteront ensemble.
D’abord, elle chantent « Caminito »,ayant posé leurs cadres à côté d’elles,
Assises au sol autour du lit.
puis elles reprendront « la Cumparsita » en dansant dans un ensemble
dans la chambre.
La vieille est assise sur le lit et chantonne et repense à
Toutes ces images qui viennent de défiler.
Elle repart très loin dans son passé de petite fille, pendant que ses
fantômes l’entourent , dansent et chantent sa vie.
Pendant la Cumparsita, la vieille se lève doucement.
Elle s’assoit à la commode et se penche vers le miroir, pour
y vérifier son image.
Les autres s’approchent doucement derrière elle et se regardent
aussi par dessus son épaule.
Puis ce sera fini, une bonne fois, une fois pour toutes, une fois certaine.
Elles se tourneront dos au public. Puis, avant que la lumière s’éteigne,
elles tourneront une dernière fois la tête et regarderont au loin, très loin,
encore plus loin.
Ce dernier regard vers le lointain est une lumière d’espoir.
La vieille a revu puis accepté son passé. Elle est prête à continuer,
ou à se reposer.
Et la lumière se fait plus faible.

Silence!... Chutt!!!

FIN
Dimanche 16 Novembre 1997. Le temps est gris... je crois.
Remanié en janvier 98, après les répétitions publiques données
en décembre. Re-développé en février 98.
Puis mis en scène pour le Théâtre des Cinq Diamants
A Paris. 75013.
Et créé le 17 Juin 98, puis représenté jusqu’au 19 Juillet 98.
Prolongations du 26 août au 17 octobre 98.
Durée du spectacle : 1H et 10mn.
Dépôt S.A.C.D. N° 000957

 Christian-Alexis Pagès

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